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Revivre après une agression

3 octobre 2017

J’ai écris et raturé cet article. Puis j’ai tout effacé pour ré-écrire de nouveau d’une façon plus juste et essayé de trouver les mots adéquats. J’espère qu’il ne sera pas trop décousu.

En France il y a un viol toutes les 3min, seulement 1 femme sur 10 ose en parler et porter plainte et dans 94% des cas, les plaintes n’aboutissent pas.

Aujourd’hui je voudrais vous donner de l’espoir, vous montrer que malgré tout, il y a quand même des procès qui ont lieu et des procédures qui aboutissent. Qu’une vie normale est possible après une agression sexuelle ou un viol. Car si à l’instant T, le monde s’écroule sous vos pieds, votre vie bascule entièrement et ne sera plus jamais la même, je vous assure que vous pourrez un jour retrouver une vie normale en laissant derrière vous l’angoisse, la peur et la honte. Ce sera long, il faudra laisser « du temps au temps », laisser passer de nombreuses années mais vous y arriverez. Car IMPOSSIBLE n’est pas français.

 

J’avais 6 ans lorsque j’ai été invitée à l’anniversaire d’une de mes amies. Je ne me rappelle de rien de cette journée là, sauf le moment oú nous avions décidé de monter à l’étage pour jouer au flipper sur les ordinateurs. C’était une grande, très grande pièce dans laquelle il y avait une dizaine, ou plus, d’ordinateurs. Chacune devant un écran, nous faisions une partie lorsque le papa d’une de mes copine est venu nous rejoindre. Dans le reflet de mon écran d’ordinateur, je l’ai vu arriver vers moi. Sans hésitation, comme déterminé, il s’est dirigé vers moi puis s’est assis à mes côtés. Pourquoi moi ? Je ne saurai jamais. À ce même moment, une de mes copines a décidé de redescendre pour jouer dans le jardin, suivie de toutes les autres. Je me suis levée de ma chaise pour les rejoindre, quand il m’a attrapée fermement par le bras en me disant : « Non, reste là ». C’est à ce moment là, après cette phrase que tout a basculé.

 

Je ne vais pas rentrer dans les détails ni vous faire un dessin. Je pense que vous avez compris.

Je ne me souviens de rien avant et après ce moment là. Pendant longtemps, très longtemps je ne me suis souvenue de rien. Pas même de l’acte. Les médecins m’ont expliqué, des années plus tard, que lorsqu’un traumatisme est trop profond et invivable, votre cerveau oublie volontairement cet épisode précis. C’est un mécanisme naturel de survie. Pendant 8ans, j’ai vécu ma vie d’enfant tout à fait normalement, mais en réalité des symptômes sont apparus. Je ne me souvenais de rien, comme si rien ne s’était passé. Je n’avais aucune crainte, j’allais même dormir chez ma copine lorsque son papa était présent. Nous regardions la télé ensemble et c’est même lui qui m’a appris à faire le gâteau au yaourt, je m’en souviendrai toute ma vie. Je prenais aussi ma douche chez lui, avec ma copine, sans aucune peur. Je lui faisais la bise et il n’a plus jamais dérapé. ça a été la seule et unique fois … dans mon cas. J’ai appris, dix ans plus tard, que d’autres de mes copines avaient subi la même chose. C’est lui qui l’a avoué de son plein grès aux enquêteurs. Certaines s’en souviennent, d’autre non. D’autres encore nient même qu’ils leur soit arrivé quelque chose alors que lui, a détaillé la scène.

Entre mes 6 ans et mes 14 ans, j’ai vécu normalement. Je n’avais pas peur des hommes, pas même de lui. Il venait chercher sa fille à l’école qui était dans la même classe que moi. Et comme je suis polie et que je n’avais pas peur, je lui faisais la bise chaque fois. Mais c’était la nuit, lorsque le soir tombait que les choses se compliquaient. Mon agression s’est passée entre 18 & 20H. Après ce créneau horaire là, c’était le cauchemar qui commençait. Je faisais des crises d’angoisses puissantes à répétitions, sans que personne ne sache pourquoi. Je refusais de dormir seule et dans le noir. Je refusais que la porte de ma chambre soit fermée, « au cas où je devrai m’enfuir ». Je ne dormais que quelques heures par nuit alors que j’étais épuisée. J’avais des maux de ventre et des vomissements incessants. Je croyais qu’il y avait un homme derrière mon lit qui me regardait dormir avec une hache, prêt à me bondir dessus au moindre mouvement. Mon coeur battait incroyablement fort, je me cachais sous ma couette entièrement jusqu’à parfois avoir de la misère à respirer, avant de m’endormir de fatigue. Il ne fallait pas qu’on me voit.

J’avais tous ces symptômes, personne ne savait pourquoi. Pas même moi, puisque mon cerveau avait archivé pour me préserver. À 15ans, j’ai commencé à avoir des flashs. Des images de ce moment, de ce qu’il s’était passé, ont commencé à apparaître dans ma tête. Comme des visions, un vrai fouillis sans queue ni tête. C’est arrivé tout seul, du jour au lendemain, par étape. Chaque jour une nouvelle image, dans le désordre. Exactement les mêmes images extremements rapides qu’on voit défiler dans les films. Il a fallut plusieurs mois pour que la bonne histoire se construise dans le bon ordre. Mais je refusais d’y croire… pourquoi avoir oublié ? Pourquoi est-ce que ça ne revient que maintenant ? Et si c’était un délire ?

Alors j’ai écrit tout ce qu’il s’était passé dans un cahier. Machinalement, sans réfléchir, ma main écrivait seule. Les medecins m’ont expliqué que c’était là encore un phénomène de survie. Il fallait que ca sorte, ça avait été emprisonné trop longtemps. Mais comme les mots ne sortaient pas oralement, j’ai écris. Ma mère est tombée par hasard sur ce cahier. Elle l’a ouvert en pensant que c’était mon cahier d’anglais. C’était le jour de la fête des mères …

DÉPOSER PLAINTE

A partir de là, la procédure était enclenchée. Pas de retour possible en arrière. Dans l’impossibilité la plus totale de m’exprimer, mes parents m’ont posé des questions auxquelles je n’avais qu’à répondre par « Oui » ou « non » pour faciliter la chose. Ils m’ont ensuite dit qu’il fallait déposer plainte, mais qu’ils me laissaient le temps nécessaire. Dans 2 mois, 2 ans ou 5ans peu importe, mais je devais le faire.

Sachez que pour les agressions sexuelles sur mineur de moins de 15ans, vous avez jusqu’à DIX ANS après la majorité pour porter plainte soit, 28ans. Après ce délais, on considère qu’il y a prescription. Prenez le temps qu’il vous faut car il vous faudra force et courage pour mener ce combat. La justice Française est très mal faite sur ce point là, même trop laxiste selon moi. Seulement 94% des plaintes ne sont pas menées à terme. POURQUOI ?

Il est important de porter plainte pour que votre agresseur soit « fiché » aux yeux de la loi mais aussi pour vous, montrer que vous êtes capable d’aller jusqu’au bout, que vous ne vous laissez pas abattre et que OUI, vous osez le révéler au grand jour. Mais n’attendez pas une lourde peine, dans la majorité des cas les agresseurs sont condamnés à une amende, obligation de soins, bracelet électronique et sursis. Clairement, j’ai l’impression qu’on leur laisse le droit de recommencer. Ils sont chez eux et vivent leur vie comme vous et moi. Les agresseurs sexuels en prison sont en minorité.

Pour ce qui est du « délais de parole », ne jugez pas. Personne. Si vous n’avez jamais vécu ça, vous ne pouvez pas savoir, pas comprendre. La seule chose que vous pouvez faire est d’imaginer, rien de plus. Nous sommes victime et pourtant on se sent tellement, tellement coupable. On se sent sale et humilié(e), notre seule envie est d’oublier mais c’est impossible. Alors quand j’entends un peu partout (pas à mon égard) :  » elle se réveille dix ans après les faits ?!? C’est pas un peu tard ?!? Fallait réagir avant madame !!!! » C’est si facile de parler quand ca ne nous concerne pas. Si la loi nous laisse jusqu’à 28ans pour les mineurs pour porter plainte, ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas quelque chose dont on parle librement. Tout ce qui touche au sexe est tabou, il ne faut pas en parler, jamais. Alors imaginez quand il s’agit d’un enfant avec un adulte. Comment expliquer ? Par oú commencer ? Qui va me croire ? Autant de questions, et plus encore, qui restent pour nous sans réponses.

J’ai chosi de porter de plainte dessuite. J’avais les idées claires, je voulais en finir avec cette histoire. J’avais 14ans lorsque j’ai déposé plainte et je n’étais pas vraiment préparée aux conséquences de cet acte. Gendarmerie, medecins, brigade des mineurs, déposition filmée … Je ne m’attendais à rien, mais je ne pensais pas que ce serait comme ça, autant. Rencontrer des dizaines de personnes à qui vous devez inlassablement raconter toujours la même histoire, des dizaines de fois. Pour que ça se termine sur un :  » Tu es bien sûre de ce que tu dis ? C’était il y a longtemps. Il faut que tu saches que les faux témoignages sont punis par la loi« . Ils ont le costume et l’autorité, ils arriveront à vous faire douter. Heureusement, le père de ma copine à dessuite reconnu les faits après son interpellation. Il a même donné des détails que j’avais oublié, des détails sordides que j’aurai préféré ne jamais savoir.

LE PROCÈS

Le procès a eu lieu 3 ans après mon dépôt de plainte. La semaine qui a précédé le jugement je n’ai pas dormi et je vomissais chaque matin, angoissée à l’idée de peut-être le revoir. Les accusés n’ont pas obligation d’être présents au procès. Moi j’avais très envie qu’il y soit pour l’affronter, le regarder dans les yeux et lui montrer que j’ai osé parler, savoir ce qu’il avait à dire. Mais j’avais aussi très peur de le revoir, d’éprouver ce sentiment de dégoût et qu’il s’en prenne à moi. Qu’il se « venge », puisqu’il paraît qu’en déposant plainte j’avais osé détruire sa vie.

Puis je l’ai vu arriver en face de moi, il m’a lancé un bref regard avant de continuer sa marche tête baissée. À la barre, il a maintenu et reconnu sa déclaration. Puis il s’est excusé de ce qu’il m’avait fait et des répercussions que ca avait pu avoir sur ma vie. Il a osé. Je ne m’attendais pas à des excuses, je n’en voulais pas. Pas de lui. Pas après ça. Comment peut on avoir le culot de vouloir s’excuser, comme si c’était un acte anondin du quotidien ? On ne s’excuse pas d’une agression sexuelle. Il a été « condamné » à 6 mois de prison avec sursis, obligation de soins et une amende. Et c’est tout. Je n’appelle pas ça une condamnation. Le soir du procès il est rentré chez lui comme tout le monde, a dormi dans son lit sur ses deux oreilles avant de reprendre le travail, certainement le lendemain. On marche sur la tete non ?

ET APRÈS ?

J’ai grandi avec un traumatisme puissant, j’ai ete anéantie pendant de longues années de mes 6ans jusqu’à mes 20ans. Je vivais dans la peur, sans cesse dans l’angoisse. Je ne portais jamais de jupe car c’est « plus facile à relever » et jamais de talons car « on sait jamais, s’il faut courir.. ». Seule chez moi, même en copropriété, même perchée sur une hauteur de plusieurs étages, je n’étais jamais tranquille.

J’ai perdu toutes mes amies sans exception. Je me suis retrouvée clairement seule du jour au lendemain, je n’ai plus aucun ami d’enfance. Pas UN. Je ne supportais pas de voir mon corps dans un miroir et vous avez maintenant ici, la VRAIE raison de mon augmentation mammaire : je devais sortir de ce corps visuellement d’enfant, c’était une question de survie. Ça a été la dernière étape de ma « thérapie », je pouvais désormais avancer. C’est depuis cette opération que tout va mieux. J’ai laissé derrière moi mon corps de petite fille qui me renvoyait sans cesse à cette histoire. La petite fille traumatisée est aujourd’hui une femme apaisée. J’ai développé une angoisse à la foule et en même temps à être seule. Je ne sais pas oú me positionner. Passé 19-20H, je ne parviens pas à rester seule chez moi et je sursaute au moindre bruit et je déteste maintenant le flipper. Je n’y ai plus jamais joué, moi qui aimait tant ce jeu enfant.

J’ai accepté le fait que je resterai marquée à vie.

Mais j’ai laissé le temps au temps et j’ai décidé de ne plus être une victime. La honte devait changer de camp. Je suis en vie, je dois me relever. J’ai remis des jupes petit à petit, courtes ou longues et des talons quand j’en ai envie. Je me suis forgé un caractère (bien trempé) vis à vis des hommes. Je ne me laisse plus approcher, c’est moi qui les fixe maintenant dans la rue jusqu’à ce qu’ils détournent le regard, et les interpellations dans les rues me fait maintenant sourire. Ça me paraît tellement petit, tellement anondin par rapport à ce que j’ai pu traverser. Mais attention ne soyez pas offensé(e)s, je sais bien que ce sentiment est propre à chacune.

Je me suis rendu compte que dans mon malheur, j’avais en fait eu tellement de chance. Ça aurait pu être pire et il y a bien pire. Aujourd’hui je me sens bien, heureuse et épanouie. Je ne pardonne rien et je n’oublie rien. J’avance simplement, car je n’ai pas le choix. Alors autant faire en sorte que ce soit agréable et le plus plaisant possible.

Si vous êtes une victime d’agression sexuelle, battez vous corps et âme pour mener à terme votre combat. Ce sera long, épuisant et très souvent obscur mais le jour est au bout du tunnel. Je vous le garanti ! Ne vous laissez jamais abattre par quiconque, croyez en vous. Prenez quelques années « sabbatiques » si vous en ressentez le besoin. J’ai personnellement foiré ma scolarité et raté mon bac (je n’ai toujours pas le bac aujourd’hui !) et pourtant, je suis en CDI.

La vie vaut la peine d’être vécue alors …. enjoy !

 

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